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Les 30 et 31 octobre 2025, j'ai participé au Forum social du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies à Genève, qui était axé sur la contribution de l'éducation au respect, à la promotion, à la protection et à la réalisation de tous les droits humains pour tous. J'ai pris part à la table ronde sur « L'éducation pour les droits politiques – Participation, citoyenneté et expression » en partageant mon point de vue sur « L'éducation pour le droit de participer à la vie politique et aux affaires publiques : citoyenneté démocratique ». Vous trouverez ci-dessous la transcription de mon discours.
Le droit de participer à la vie politique et aux affaires publiques revêt une importance fondamentale pour le développement de sociétés durables, inclusives et pacifiques
Ce droit comprend le droit de voter, d'être élu et d'avoir accès aux services publics. Les citoyens participent à la conduite des affaires publiques lorsqu'ils exercent le pouvoir politique, en particulier l'exercice des pouvoirs législatif, exécutif et administratif. Également, lorsqu'ils influencent ou contribuent à la formulation et à la mise en œuvre des politiques au niveau local, régional, national ou international.
En exerçant les différentes dimensions de ce droit, les individus participent à l'organisation et au développement des sociétés dans lesquelles ils vivent. Ils font des choix qui impactent leur vie et leur avenir, tant individuellement que collectivement.
C'est pourquoi il est si important de garantir ce droit à chacun et chacune, pour que la diversité des points de vue soit exprimée. La participation inclusive aux processus décisionnels est essentielle pour éliminer la marginalisation et la discrimination et réduire les inégalités et les conflits sociaux. Elle permet à la société de répondre collectivement aux défis auxquels elle fait face, en s'accordant sur les voies à suivre sans laisser personne de côté.
Malgré l'importance fondamentale du droit de participer à la vie politique et aux affaires publiques, celui-ci est loin d'être pleinement réalisé, en particulier pour certains groupes spécifiques tels que les femmes, les personnes handicapées, les minorités or les populations autochtones.
Ce sont ces mêmes groupes qui rencontrent des difficultés particulières pour jouir pleinement de leur droit à l’éducation.
Il y a en effet une interdépendance entre le droit à l’éducation et les droits politiques.
L'éducation joue un rôle déterminant dans l'exercice du droit de participer à la vie politique et aux affaires publiques
En effet, l'exercice des droits politiques nécessite des connaissances et des compétences qui peuvent être acquises par l'éducation. Des connaissances non seulement sur le fonctionnement de la vie politique et des institutions, mais aussi sur de nombreux sujets de société. Des compétences particulières facilitent également l’exercice de ces droits, notamment la capacité à lire, à écrire, à articuler des idées, à les confronter, à rechercher des informations, à les analyser de manière critique et à faire des choix éclairés. L’éducation permet également de développer l’imagination, la créativité et la capacité d’émerveillement, comme le soulignait Patrice Meyer-Bisch lors de de ce Forum social. En tant que droit humain, l’éducation a aussi pour objectif de nous ouvrir à des cultures et perspectives différentes, de nous apprendre la tolérance et le vivre ensemble, et le respect de la nature sous toutes ces formes. Des compétences dont nous avons besoin pour s’engager dans la vie politique et les affaires publiques, particulièrement en ces temps de grands défis collectifs.
L’étendue et le type d'éducation reçue influencent la manière dont les individus s'engagent dans la vie politique et exercent leurs droits politiques. D’importantes connaissances et des compétences multiples facilitent la participation à la vie politique et aux affaires publiques, permettant de faire entendre sa voix et défendre ses droits et intérêts.
Le lien entre le droit à l'éducation et les droits politiques est inscrit dans divers instruments juridiques internationaux. Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels stipule que « l'éducation doit permettre à tous de participer effectivement à une société libre ». Le Comité des droits des personnes handicapées souligne que « l'éducation inclusive est essentielle à la participation des personnes handicapées ». Pour le Comité pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, « l'égalité d'accès à tous les niveaux et à tous les aspects de l'éducation (...) est une condition préalable essentielle pour accéder aux systèmes décisionnels sur un pied d'égalité avec les hommes et les garçons ».
Du fait de l'interdépendance entre le droit à l'éducation et les droits politiques, les obstacles à l’exercice du droit à l'éducation créent des obstacles à l’exercice du droit de participer à la vie politique et aux affaires publiques
Les inégalités et les discriminations dans l'accès et la participation à l'éducation risquent fort d'entraver l'exercice effectif des droits politiques.
Le Comité des droits de l'Homme note que « l'analphabétisme est considéré comme un obstacle à l'exercice du droit de vote ». Le Comité CEDAW souligne que les inégalités entre les sexes et les stéréotypes sexistes qui prévalent dans le système éducatif «empêchent les femmes (…) d'envisager d'assumer un rôle décisionnel ». Pour le Comité des droits des personnes handicapées, « les obstacles auxquels sont confrontées les personnes handicapées dans l'accès à une éducation inclusive compromettent leurs chances et sapent leur capacité à participer à la prise de décision publique ».
Alors que l'enseignement supérieur peut être déterminant pour l'exercice effectif des droits politiques, des études montrent que les étudiant·e·s n'ont pas tous et toutes les mêmes chances d'accéder à un enseignement supérieur de qualité et d'en bénéficier, en raison de leur classe sociale, de leur sexe, de leur origine ethnique et/ou de leur situation géographique. Certains groupes privilégiés sont surreprésentés dans les systèmes d'enseignement supérieur, tandis que les groupes défavorisés sont victimes de nombreuses discriminations.
Des recommandations et bonnes pratiques peuvent guider la mise en œuvre du droit à l’éducation pour prépare au mieux l’exercice du droit de participer à la vie politiques et aux affaires publiques
- En plus des compétences déjà mentionnées, le Comité des droits de l'enfant indique que pour participer efficacement, les enfants ont besoin d’être formé à l'écoute, au travail en collaboration, à l'organisation de réunions, à la collecte de fonds, aux relations avec les médias, à la prise de parole en public et au plaidoyer.
- Les Lignes directrices sur la mise en œuvre effective du droit de participer aux affaires publiques recommandent l'élaboration et la mise en œuvre de programmes d'éducation civique, à l'école et au-delà, avec des programmes ciblés destinés aux personnes et aux groupes marginalisés ou victimes de discrimination, et tenant compte de défis spécifiques, tels que l'analphabétisme et les barrières linguistiques et culturelles.
- Avec le développement des technologies de l'information et de la communication au service de l'exercice des droits politiques, ces Lignes directrices recommandent le développement de programmes d'éducation aux médias et de culture numérique.
- La participation des enfants à la vie scolaire devrait être encouragée et facilitée. Le Comité des droits de l'enfant recommande « la participation régulière des enfants aux processus décisionnels (...) notamment par le biais de conseils de classe, de conseils d'élèves et de la représentation des élèves au sein des conseils d'établissement et des comités scolaires, où ils peuvent exprimer librement leur opinion sur l'élaboration et la mise en œuvre des politiques scolaires et des codes de conduite ».
- Les apprenants devraient être consultés sur le système éducatif. Le Comité des droits de l'enfant indique qu'« au-delà de l'école, les États parties devraient consulter les enfants aux niveaux local et national sur tous les aspects de la politique éducative. (CRC, GC 12, par. 111).
- Les enfants et les jeunes peuvent également participer à la vie politique par le biais de « parlements locaux de jeunes, de conseils municipaux d'enfants et de consultations ad hoc où les enfants peuvent exprimer leur point de vue dans les processus décisionnels » (CRC, GC 12, paragraphe 127). Cela peut se faire aussi par la participation des enfants à l'élaboration du droit et des politiques internationales, ainsi qu'aux processus de suivi et de rapportage.
- Le Comité des droits de l'enfant attire l'attention sur la nécessité de garantir une participation inclusive afin d'éviter les schémas de discrimination existants et d'encourager les enfants marginalisés, filles et garçons, à s'impliquer (CDE, GC 12, par. 134. f).
- Il est également essentiel de lutter contre les inégalités et les discriminations persistantes dans l'accès et la participation à tous les niveaux d'enseignement.
Garantir la réalisation du droit à l'éducation, dans toutes ses dimensions, pour toutes et tous, est essentiel pour assurer une participation inclusive à la vie politique et aux affaires publiques et permettre à chacun et chacune d'exercer ses droits politiques.
Je conclurai en soulignant que la participation à la vie politique et aux affaires publiques est nécessaire à la réalisation du droit à l'éducation, à travers la formulation, la mise en œuvre et le suivi des lois et politiques relatives à l'éducation. En ce sens, l'exercice des droits politiques peut avoir un impact sur la réalisation du droit à l'éducation.
NOTES:
- Vous pouvez écouter l'intégralité de la conversation sur UN WebTV.
- Un document contenant toutes les références sera publié prochainement.
Delphine Dorsi est la Directrice exécutive de l'Initiative pour le droit à l'éducation (Right to Education Initiative), et une experte sur le droit à l'éducation.
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