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@ODIA
4 Avril 2025
Le 13 mars 2025, notre directrice générale, Delphine Dorsi, a participé à une table ronde sur le financement des systèmes éducatifs, organisée par Coalition Education, dans le cadre de leur cycle « Champions de l'éducation » 2025, dans lequel un certain nombre d'experts analysent les tendances actuelles et les solutions pour un financement adéquat de l'éducation.
Cette table ronde a été introduite par Martin Péricard, conseiller stratégique à l'Agence Française de Développement (AFD), qui a rappelé les pressions actuelles sur le secteur de l'éducation dans le monde : une tendance globale au désengagement financier, illustrée par la réduction drastique de 2,1 milliards d'euros du budget de l'aide au développement de la France en 2025, le gel des financements de l'USAID, et l'abandon par le Royaume-Uni et d'autres pays européens de l'objectif de 0,7% du PIB consacré à l'aide publique au développement (APD).
Face à ces défis, Martin Péricard a souligné l'importance de mutualiser les financements et d'explorer de nouvelles pistes fondées sur nos valeurs communes de faire progresser l'éducation dans le monde. Il a également salué le travail de plaidoyer de Coalition Éducation et de l'espace « Champions de l'éducation ».
Un contexte préoccupant : baisse des financements et engagements non tenus
Dans son intervention, Vanessa Martin (Action Education), membre de Coalition Education, a présenté le rapport annuel de suivi des financements français alloués à l'éducation dans les pays partenaires de la Coalition Education. Cet outil, publié depuis plus de dix ans, analyse la répartition des fonds de solidarité internationale de la France en faveur de l'éducation et sa redevabilité en matière de coopération éducative.
Selon les chiffres les plus récents, l'éducation de base ne représente que 2,2 % du budget bilatéral global de solidarité internationale de la France. De plus, 42% des financements bilatéraux incluent des dépenses discutables telles que des bourses d'études ou des subventions aux établissements français à l'étranger, réduisant ainsi l'impact direct sur les systèmes éducatifs des pays partenaires.
L'intervention de Vanessa Martin a également mis en évidence le retard dans le paiement des engagements de la France, notamment pour le Partenariat mondial pour l'éducation et le fonds « L'éducation ne peut attendre », mettant ainsi en péril le soutien aux systèmes éducatifs des pays les plus pauvres.
Face à ces défis, la Coalition Éducation a également co-publié avec l'UNICEF France un document de plaidoyer intitulé « Menaces sur le financement de l'éducation : les 17 ODD en danger », soulignant l'urgence de préserver et d'augmenter les financements de l'éducation pour garantir l'accès à une éducation de qualité pour tous.
Impact de la dette et de la fiscalité sur l'éducation
[PPT]
El Hadji Mame Moussa Sarr d'ActionAid Sénégal a souligné l'impact de la dette et de la justice fiscale sur le financement de l'éducation. Selon l'étude « Who Owes Who », de nombreux pays du Sud consacrent plus de ressources au remboursement de la dette qu'aux services publics essentiels tels que l'éducation et la santé.
L'un des chiffres les plus frappants de l'étude révèle que plus de 75 % des pays à faible revenu dépensent plus pour le remboursement de la dette que pour les soins médicaux. Certains pays dépensent même deux fois plus pour la dette que pour l'éducation.
La dette climatique est également un problème majeur. Les pays du Nord doivent 107 000 milliards de dollars aux pays du Sud en compensation des dégâts causés par le réchauffement climatique. Cependant, les financements climatiques promis restent insuffisants et sont souvent accordés sous forme de prêts, rendant les pays du Sud encore plus dépendants financièrement.
El Hadji Mame Moussa Sarr rappelle que les flux financiers illicites et l'évasion fiscale des multinationales représentent une hémorragie de 1,13 trillion de dollars par an pour les pays en développement, réduisant d'autant la capacité à financer des services publics tels que l'éducation.
Partenariats public-privé : Une solution controversée
Les partenariats public-privé (PPP) sont souvent présentés comme une solution miracle au manque de financement de l'éducation. Delphine Dorsi, de l'Initiative pour le droit à l'éducation, a présenté les conclusions du rapport « Démystifier les partenariats public-privé dans l'éducation », publié par le Consortium sur la privatisation de l'éducation et les droits de l'homme, qui montre que ces arrangements génèrent souvent des coûts cachés plus élevés et creusent les inégalités en matière d'éducation.
Selon le rapport, ces partenariats peuvent :
- Sélectionner les élèves les plus performants et exclure ceux qui ont des besoins éducatifs particuliers, créant ainsi une discrimination dans l'accès.
- Réduire les dépenses publiques en matière d'éducation en raison d'engagements contractuels coûteux avec le secteur privé.
- Introduire des approches pédagogiques moins innovantes et de moindre qualité dans un souci de rentabilité.
- Créer un manque de transparence et de contrôle car les contrats sont souvent opaques, ce qui rend difficile l'évaluation des performances et l'obligation de rendre des comptes.
Face à ces défis, l'étude recommande une approche prudente : renforcer les capacités du secteur public, assurer une réglementation stricte du secteur privé et favoriser des solutions de financement plus équitables et inclusives.
L'Agence Française de Développement (AFD), représentée par Assiba Djemaoun et Rohen D'aiglepierre, a présenté sa vision des partenariats public-privé et les stratégies mises en place pour les rendre efficaces et équitables dans le secteur de l'éducation.
Assiba Djemaoun a souligné que, malgré la promotion des PPP par l'OMD 17, très peu de projets sont réellement mis en œuvre dans l'éducation. L'un des principaux obstacles est le manque de préparation des gouvernements, qui n'ont souvent pas les compétences techniques pour structurer ces contrats de manière équilibrée.
Rohen D'aiglepierre rappelle que l'AFD insiste sur la nécessité d'une réglementation stricte et d'une gouvernance renforcée pour éviter les dérives.
Les principes d'Abidjan : un cadre pour une éducation publique équitable
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Dans son intervention, Aya Douabou, de GI ESCR, a présenté les Principes d'Abidjan, un cadre juridique adopté en 2019 en Côte d'Ivoire pour réguler le financement et la gouvernance de l'éducation dans le respect des droits de l'homme.
Ces principes, qui compilent les obligations des États en matière de financement et de régulation du secteur de l'éducation, offrent des orientations concrètes pour garantir une éducation publique gratuite et inclusive. Aya Douabou a souligné plusieurs points clés :
- Les gouvernements doivent donner la priorité au financement de l'éducation publique et mobiliser les ressources nécessaires, y compris par une fiscalité plus juste et une meilleure gestion de la dette.
- Les coupes budgétaires ne doivent pas être utilisées pour justifier une réduction du droit à l'éducation. En cas de crise économique, les gouvernements doivent démontrer qu'ils mettent tout en œuvre pour préserver l'accès à une éducation de qualité.
- Le secteur privé doit être réglementé afin de garantir des normes de qualité minimales et d'éviter les abus tels que la sélection des élèves ou l'augmentation incontrôlée des frais de scolarité.
- Les écoles publiques doivent respecter des obligations de transparence et d'accessibilité, notamment en ce qui concerne leurs frais de scolarité et leur gestion administrative.
Aya Douabou a illustré ces principes par le cas du Kenya, où une étude a été menée pour analyser la réglementation des écoles informelles connues sous le nom d'« ABETS ». L'étude a révélé que bien que ces écoles comblent un vide éducatif, ils fonctionnent souvent sans cadre réglementaire clair, ce qui pose des problèmes en termes de qualité et d'inclusion.
Conclusion
Pour clôturer la session, Sarah Nardone, conseillère éducation au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, a souligné l'urgence d'une action collective dans ce contexte, et a salué les efforts intenses de plaidoyer déployés par la société civile.
Elle a insisté sur l'importance de décloisonner le secteur pour travailler de manière plus transversale et avec une plus grande diversité d'acteurs, tout en tenant compte des enjeux des PPP.
Sarah a également affirmé que cette réalité ne signifie pas que « la France renonce à défendre ces questions, y compris au sein du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, sur une base interministérielle, et probablement en travaillant encore plus étroitement qu'auparavant avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux de la France sur ces questions ».
Voir ci-dessous la vidéo du webinar:
Article reposté de Coalition Education.